Gaspard fronçait le sourcil. Des Saquettes, délibérément, avait joué gros jeu.
Tous les parlementaires avaient relevé la tête. Beaucoup, des moins hardis, se sentaient résolus et souriaient à leur victoire morale. Le Parlement se replaçait trop haut pour que les Gaspard parvinssent à l’atteindre dans sa dignité comme ils s’étaient flattés de le faire. Leur chef sentit que le beau rôle lui échappait : il sentit que déjà sa défaite était commencée ; elle allait se consommer, à moins qu’il sût répondre à l’héroïsme par de l’héroïsme. Dès lors, il se décida à bien mourir, en soldat.
— Monsieur, dit-il s’adressant à M. des Saquettes, j’attends vos troupes ; et les armes sanglantes décideront entre nous. J’aurais préféré que ma victoire sur le Parlement eût un autre caractère, et fût annoncée à mon peuple comme un succès de comédie. Vous désirez qu’il en soit autrement. Je ne saurais vous refuser une grâce plus dangereuse pour moi que pour vous.
Il fit un signe. Le mannequin qui représentait le Parlement fut précipité dans le ravin.
Les parlementaires comprirent qu’ils auraient la vie sauve. Ils avaient cru un moment avoir devant eux la vengeance assoiffée de sang, la colère aveugle d’un peuple ignorant ; ils ne rencontraient qu’un blâme intelligent et avertisseur. Gaspard inventait ce que notre législation actuelle appelle le « sursis ». Le Parlement connut néanmoins que, tombé sous le coup de ces puissantes galégeades populaires, son prestige ne se relèverait pas.
CHAPITRE XXVII
Le dernier acte du bandit gentilhomme.
Des coups de feu se firent entendre, tout proches. Et aussitôt cinq ou six bandits surgirent du bois voisin, tout essoufflés. Parmi eux se trouvait Bernard, pâle et le front ensanglanté.
Il expliqua que, ayant appris le danger que devait courir la troupe, il avait voulu y prendre part. Il était arrivé trop tard, — bien après l’escarmouche.
Au bas de la colline, des dragons apostés avaient essayé de le capturer. Il leur avait échappé, mais un coup de feu l’avait légèrement blessé au front.