Des éclairs de colère jaillissaient de ses yeux.

— Je peux encore vous faire massacrer tous.

Marin, silencieux jusque-là, dit simplement :

— Non, monsieur : vous ne le pouvez pas.

— Qui m’en empêchera ? dit Gaspard, hautain et furieux.

— L’honneur de votre nom, monsieur. Votre honneur, qui dépend de cette minute. Vous voudrez rester le partisan. Ne redevenez pas le simple bandit. L’Histoire vous guette. Bandit, vous l’avez été d’abord. J’estime que vous ne l’êtes plus. Votre cause, telle que vous la plaidez en paroles, est trop belle pour que vous la compromettiez par un acte indigne d’elle. Composons, monsieur… Je sais — il n’importe comment — quelles influences vous ont porté si haut. Pensez à elles.

Marin ne songeait qu’à M. de Mirabeau, mais Gaspard crut entendre la voix même de Mme de Lizerolles. Il tressaillit. La flamme de la colère s’éteignit dans ses yeux. Son cœur obéit.

— Monsieur le président, dit-il avec calme, je suis sûr de votre bonne foi, à vous. Pouvez-vous m’assurer que, si je me livre, mes hommes, tous, sans exception, obtiendront leur grâce complète ?

— Je m’y emploierai du moins, et je crois pouvoir l’obtenir, avec l’aide d’un homme que vous avez rencontré par hasard, chez une personne de ses amies, monsieur Gaspard. En tous cas, les hommes qui vous entourent présentement vont pouvoir s’éloigner sans être inquiétés ; je m’en porte garant.

— Bas les armes ! A vos refuges, tous ! cria Gaspard.