Ce cri était un mot d’ordre, la nécessité de licencier brusquement la bande étant une éventualité depuis longtemps prévue. Chaque homme devait, lorsque ce cri serait poussé par le chef, chercher asile et travail chez les nombreux affiliés de Gaspard, en des fermes et des régions très éloignées les unes des autres. Un important banquier gardait le trésor de la bande, comme faisait le marquis de Chaumont pour Mandrin ; et chaque bandit, en cas de licenciement, devait recevoir, par les soins de Sanplan, sa part de la masse commune.
Gaspard ajouta :
— Sanplan, Bernard, Pablo, Lecor, écoutez-moi bien : moi parti, quand le dernier des dragons aura quitté la place où nous sommes, vous transmettrez mes ordres à chacun de nos hommes ; ils iront tous, et vous de même, a vos refuges ! jusque-là, restez armés. Je ne me rends qu’en échange de la promesse qu’on obtiendra votre grâce à tous. Si cette promesse n’était point réalisée, vous saurez vous cacher, fût-ce en passant la frontière, par les voies et moyens que je vous ai enseignés ; mais la promesse sera réalisée, parce qu’il apparaîtra de bonne politique qu’elle le soit.
— Gaspard, essaya de dire Sanplan qui pleurait, il en est temps encore. Vendons chèrement nos vies. Crois-moi, l’échafaud t’attend.
— En ce cas, de l’avoir accepté, ce sera pour moi l’honneur reconquis, dit Gaspard. Mon sacrifice est fait, mes amis… Assez de paroles.
Dans un morne silence, les bandits, immobiles, l’arme au pied, attendaient la capture définitive de Gaspard, la fin suprême de leur aventure.
— Monsieur Marin, dit encore Gaspard, je vous recommande d’une façon toute particulière, mon fils d’adoption, Bernard, que j’embrasse en ce moment. Vous avez d’ailleurs pu voir que ce jeune homme n’était pas avec nous, quand nous vous avons attaqués. Il prit part seulement à une plaisanterie que, l’autre soir, vous aviez organisée vous-même.
— Non, non ! tout n’est pas fini ! grondait sourdement Sanplan.
— Bien fini. Obéissez.
Il tendit ses bras ouverts. Sanplan et Lecor l’embrassèrent. Pablo attendit, pour les imiter, un signe de Gaspard. Gaspard l’appela ; puis, se tournant vers les parlementaires, émus malgré tout :