Pablo fut touché, comme Gaspard.
— Notre souper, dit le moine, nous le trouverons dans les paniers de notre âne, car je vois bien que vous n’êtes pas riche. Nous n’aurons pas besoin d’abuser de votre générosité et d’aggraver, si peu que ce soit, votre pauvreté. Êtes-vous donc seule en ce monde ?
— Mon homme est aux champs, mais si vieux, si vieux, qu’à nous deux nous ne faisons qu’une ruine et qu’une tristesse.
— Et quel âge avait votre fils ?
— C’était une chose de vingt ans, saint homme ! Et grand, et fort ! Il avait l’air qui plaît ; et un si bon regard ! Toutes les filles le reluquaient, quand il traversait le village. De plus beau « cadavre » de jouvent, elles n’en avaient jamais vu danser, les jours de romérage. Il était amoureux d’une et pas de toutes, comme tant de jeunes calignaires qu’il y a ! Aï ! las ! povre de moi ! Je l’ai perdu et ne saurai plus me consoler !… Il se charmait de vivre ; et moi, je me charmais de le voir vivre ; c’était la consolation et l’espoir des vieux, sa jeunesse ! Et, de l’avoir perdu, nous avons tout perdu à la fois !
La bonne mère pleurait à longues larmes. Gaspard ne trouvait rien à lui dire. Et voilà que dom Pablo, cessant de se donner à lui-même la triste comédie de son incrédulité, se rappela les douceurs de sa foi reniée ; et, parlant avec le désir sincère d’adoucir la peine de cette femme, il lui dit dans le langage des clercs :
— Aviez-vous quelque chose à reprocher à votre enfant, ma fille ?
— Tout grand et tout fort comme il était, dit-elle, c’était un ange par l’amour qu’il avait dans son cœur pour sa mère et pour son père. Ça n’a jamais fait tort ni même peine à une mouche ! Il se confessait souvent — sans avoir, bien sûr, rien à dire au prêtre ; — il communiait toujours à Pâques. M. le curé, de lui était content.
— Alors, ne pleurez plus, bonne mère, car c’est maintenant un bienheureux.
Elle sanglotait.