— Tu as trouvé, paraît-il, tes délices de Capoue ! Cela nous sera funeste, ami Gaspard ! Il y a huit jours que, d’après tes promesses, tu devrais avoir rejoint la troupe. Bernard et moi, Lecor et Pablo, nous nous efforçons en vain de contenir les mécontents. Tornade a, cette fois, presque partie gagnée. On t’appelle du joli nom de traître ; et, je dois l’avouer, les apparences sont contre toi. Il faut me suivre à l’instant. Arriverons-nous encore assez à temps pour remettre les choses en ordre ? Je ne sais, j’en doute… Ah ! les femmes !

— Attends-moi là. Es-tu venu à pied ?

— Non, Pablo m’a prêté son âne, — qui broute, caché près d’ici.

Gaspard, en un temps de galop, arriva chez la comtesse, à qui il expliqua l’incident.

— Si cette révolte de vos gens vous libère, je la bénirai, dit-elle.

— Ne l’espérez pas, madame. M. de Mirabeau m’a fait comprendre qu’on peut dominer, diriger même, une grande révolution : je compte bien venir à bout d’une mutinerie. J’ai réussi une fois déjà ; je réussirai encore, en pensant à lui… et à vous. Mais permettez-moi d’ajouter un mot : je jure de renoncer à ma vie aventureuse, le jour où, étant parvenu à infliger un affront public et sévère aux parlementaires, je pourrai me croire libéré des engagements pris envers moi-même. Vous m’aiderez à rendre à la vie régulière, en les faisant pardonner par le roi, les hommes qui, sur mes ordres, auront travaillé à lui montrer comment sa magistrature est parfois indigne de Sa Majesté.

— Et alors, en ce cas, monsieur, que deviendrez-vous vous-même ?

— Ce qu’il plaira à Sa Majesté, dit Gaspard. Si le Parlement d’Aix était mon otage, je demanderais pour sa rançon, à mon roi, le châtiment de certains criminels que le Parlement criminel ne poursuit pas ; et si un châtiment ne m’atteignait pas moi-même… peut-être… Qui sait ?

Il se tut, puis baissant la voix :

— Il y a, dans bien des couvents, des pénitents plus coupables que moi.