Ils approchaient de leur grotte farouche, dont les abords avaient été naguère dévastés par un incendie. Ils trouvèrent, sous un bouquet de pins parasols, qu’avait épargnés le feu, deux sentinelles postées par Bernard ; ils leur confièrent leurs chevaux. « Toute la bande est dans la grotte », dirent les sentinelles.
Ils y allèrent. Quittant le chemin frayé, ils se mirent à descendre une pente assez inclinée pour être presque impraticable, et qui, plus bas, le devient tout à fait. En face d’eux, se dressaient maintenant la pointe et le château d’Evenos. Sous eux, serpentait, au fond d’un ravin à peu près inaccessible, le torrent du Destéou qui va rejoindre puis côtoyer la route royale, au fond des gorges, en tout temps fameuses, et dont on ne prononce plus le nom sans évoquer celui de Gaspard de Besse. Surplombant la pente qu’ils descendaient en faisant glisser sous leurs pieds des pierrailles concassées par les siècles, une masse calcaire s’érige, dont la forme est à peu près celle d’une gigantesque fenêtre de mansarde faisant saillie au flanc d’une toiture très inclinée ; sous cette masse s’ouvre la grotte. C’est une salle de quarante pieds de large sur vingt de profondeur. L’ouverture est un grand arc surbaissé ; la hauteur du sol à la voûte est de quinze pieds ; à l’intérieur, le sol s’abaisse vers l’ouverture. Une galerie, balcon naturel, règne, suspendue à mi-hauteur, contre la muraille du fond. Au milieu de cette salle, se dresse une roche en forme de table naturelle ou de tribune, et où Pablo voulait voir un autel druidique. Au plafond, sous l’action des eaux suintantes, l’effritement calcaire a façonné des figures de chimères que Puget eut le désir de transporter à Toulon, dans sa maison de la rue Bourbon. Les Provençaux lui attribuent semblable projet, à propos de bien d’autres sculptures naturelles.
La caverne est imprenable. Le regard n’y peut plonger que d’Evenos, juché sur la cime qui lui fait face ; mais à Evenos Gaspard avait des amis. Telle est la grotte dans laquelle Gaspard avait établi la principale de ses caches à munitions de guerre et à provisions de toute nature.
Sanplan, dans son sifflet de maître d’équipage, siffla selon un rythme convenu ; et, après une courte descente parmi les pierrailles qui se dérobaient sous leurs pas mal assurés, les deux hommes contournèrent la masse rocheuse qui recélait dans ses flancs la grotte, à l’entrée de laquelle ils se dressèrent subitement sous les yeux de la troupe grondante.
Par un escalier fait de moellons branlants, ils se hissèrent dans la vaste caverne. Gaspard vit tout de suite que Tornade était là, désarmé et surveillé. Cependant il comprit aussi que les mutins étaient les plus nombreux. Tornade était comme prisonnier sur la foi des traités, étant resté le vaincu de Pablo. Les bandits, une fois encore, avaient su se plier volontairement aux disciplines qui faisaient leur force.
Gaspard, sous des huées menaçantes, gagna paisiblement l’espèce de tribune qui se dresse au milieu de la grotte ; d’un regard, il jugea les dispositions des groupes séparés.
Puis, se tournant vers les anciens archers qui gardaient Tornade :
— Laissez aller cet homme du côté de ses amis, commanda-t-il, et rendez-lui d’abord ses armes…
Les archers hésitèrent.
— Donnez l’exemple de l’obéissance, vous qui êtes mes amis. Rendez à Tornade ses armes.