Quand Tornade fut délivré :

— Tu entraînes pour la seconde fois tes compagnons à la révolte. Que veux-tu ? Que désires-tu ? Que veulent tes amis ? Réponds.

La réponse eut le mérite d’être brève et claire :

— Les soldats veulent choisir leurs officiers. Tu t’imposes à nous. Nous ne t’avons pas choisi. Nous ne voulons plus de toi. Ils désigneront pour chef qui bon leur semblera. Choisir, c’est être libres. Nous ne voulons pas rester tes esclaves.

— Je t’entends : tu leur as persuadé qu’ils en savent assez pour faire la différence entre les talents militaires d’un ignorant et ceux d’un homme capable de les conduire au succès. Tu cours sottement le risque de les mettre sous les ordres d’un chef inhabile qui les fera tomber, avant trois jours, au pouvoir des dragons royaux. C’est bien cela ? Et ce chef ce sera toi, hein ? Voyons, une fois leur chef, à quoi emploieras-tu ton armée ?

Tornade s’écria rageusement :

— A des expéditions contre les demeures de certains riches que, toi, tu veux épargner.

— Je ne fais pas la guerre de rapine et de pillage, répliqua violemment Gaspard. J’épargne, quand je puis les distinguer, ceux qui, riches ou non, aiment le peuple et défendent ses intérêts.

— C’est la conduite d’un traître ! hurla Tornade, épileptique. Oui ! nous avons appris que tu te cachais au château de Lizerolles. Il y a, dans ce château-là, quelque chose à faire pour nous. Tu n’en profiteras pas seul. Nous le pillerons à notre heure ; et, après quelques expéditions semblables, chacun de nous sera riche à son tour, et pourra vivre en paix, pendant le reste de ses jours, du fruit de son travail.

— Joli travail ! et où donc, ensuite, serez-vous en sécurité ?