— Alors, cela signifie que je suis prêt à renier toute la bande, à la combattre et à la désigner moi-même à l’indignation publique, si elle devient une bande de lâches et d’assassins.
Une sourde rumeur de mécontentement fut la réponse à ces paroles.
— Mais, dit Gaspard, j’ai confiance en vous tous, en votre intelligence ; vous n’êtes pas encore et vous ne deviendrez pas cela. Votre erreur n’est que la folie d’un moment.
Le sourd grondement de révolte reprit — un peu plus accusé.
— Pour conclure, attendez, mes amis, la fin de ce que j’ai à dire. Vous verrez que je n’ai nullement l’intention de vous résister, tant que vous ne passerez pas à l’action.
Il se tut un moment ; et, voyant qu’on attendait sans protester :
— Tornade, reprit Gaspard, tu es le plus dangereux des fous ; un sot devenu fou ; et le plus dangereux des fous parce que tu ignores ton ignorance. Tu n’es qu’un misérable imbécile, et tu serais le pire des tyrans. Écoute-moi bien : un chef doit avoir la prudence qui protège ceux dont il a la charge ; la modestie, qui l’empêche de se dire fort quand il est faible, de se croire instruit quand il ne sait rien, spirituel quand il est stupide. Il doit avoir la bonté, qui cherche la raison des fautes pour pouvoir les pardonner si elles méritent pardon ; l’énergie, pour être sans pitié au crime prouvé. Toi, tu es faible et tu te prétends fort ; tu es haineux et tu ne pardonnes rien ; tu es bête et tu te crois fin ; tu es orgueilleux de toi-même et tu ne sais pas distinguer un A d’un B. Tu es d’une ignorance sans prudence, qui mènerait à l’échafaud — avant trois jours, je te le répète — ceux à qui tu promets la fortune, car tu ne hais l’homme riche que pour devenir riche à sa place, sans avoir travaillé ! Je sais, je vois tout cela, je te juge. Eh bien, cependant, si tes amis sont assez bêtes pour confier leur avenir à un dément exaspéré, qu’ils le fassent ! Je les combattrai ensuite, loyalement. Une première fois tu t’es révolté et j’ai eu raison de toi. Cette fois-ci, je suis de nouveau prêt à m’effacer devant toi, à te laisser prendre ma place, mais à une condition que je vais dire : puisque tu sais tout ce que doit savoir un chef d’armée, tu dois savoir monter à cheval ? hein ?
— Ce ne sera pas la première fois, dit Tornade.
— Mais, entends-moi bien, tu dois pouvoir monter n’importe quel cheval ?… Le mien est à deux cents pas d’ici…
La bande se mit à rire ; on commençait à s’amuser… « Il a de l’esprit, notre Gaspard !… il est malin… Pauvre Tornade !… ça va mal tourner pour lui… Gaspard y perdra son cheval… Je parie pour Tornade !… Moi, contre ! »