Mais c’est pour un baiser
Qu’elle m’a refusé !
Le chanteur de village qui gâtait cette chanson populaire en la faisant tourner au burlesque, était coiffé d’un vieux képi beaucoup trop large pour sa tête d’oison ; il avait ridiculement croisé sur sa poitrine les bretelles d’un pantalon rouge qui montait trop haut, et, reniflant à grand bruit, avec une grimace qui distendait ses lèvres aux coins violemment abaissés, il tordait, à la fin de chaque couplet, son vaste mouchoir à carreaux bleus, comme pour en exprimer des flots de larmes…
Là-bas, dans le pré vert,
J’ai tué mon capitaine.
J’ai mis mon habit bas,
Mon sabre au bout de mon bras,
Et je me suis battu
Comme un vaillant soldat.
Le gros rire de cent cinquante buveurs suivait, comme un refrain repris en chœur, chacun des couplets de la complainte ; ces buveurs étaient, pour la plupart, des gens de mer : pêcheurs, caboteurs, matelots, capitaines, jeunes et vieux ; beaucoup de retraités ; à ces gens étaient mêlés quelques ouvriers et quelques paysans.