Un seul des buveurs ne riait pas.

Et, de fait, il n’y avait pas de quoi rire. Comme le soldat du Ranz des Vaches, qui abandonne son poste de sentinelle, lorsqu’il entend sonner au loin le cor des pâtres de son pays rappelant leurs troupeaux, le conscrit de notre chanson est condamné à mort.

Celui qui me tuera,

Ça sera mon camarade !

On me band’ra les yeux

Avec un mouchoir bleu.

Pourquoi, en vaillant soldat, s’est-il battu au sabre avec son capitaine ? pourquoi l’a-t-il tué ? Pour se venger de quelque moquerie, j’imagine, à l’adresse de ses amours naïves. La chanson ne le dit pas ; mais, à coup sûr, il meurt pour l’amour, ce conscrit de la légende :

Soldats de mon pays,

Ne le dites pas à ma mère !

Tous riaient, étant, ce soir-là, d’humeur à rire.