« Il fit lever l’ancre, et nous partîmes vent arrière par une bonne brise nord-nord-est. »

Le capitaine se tut. Le vent fraîchissait. Une bande rose éclaircissait au levant le bas du ciel qui du reste était demeuré clair toute la nuit. Des coqs lointains se répondaient, se renseignant sur l’aurore. La terre et la mer sentaient le matin. On distinguait, de plus loin que tout à l’heure, les risées sur l’eau. Et l’heure sonnait plus nette dans l’espace élargi. Le sombre du ciel se faisait pâle. Les étoiles s’y perdaient lentement comme si elles eussent reculé. Sur la ligne d’horizon une voile portait déjà les couleurs du jour.

Nous nous étions levés…

— « Meyfrette se maria deux ans plus tard, avant mon retour.

« Je revenais un peu dégourdi et à peu près consolé. Je revis Meyfrette, et je lui contai gaiement toute l’histoire.

— Mais que diable ! Meyfrette, pourquoi m’avoir refusé un bon baiser, au jour du départ ?

« Elle pâlit, la pauvre !

— C’est que je t’aimais bien trop ! dit-elle… Mais oublions ça, mon pauvre Justin… ça vient de m’échapper comme un cri !… Maintenant, adieu, pour toujours.

« Et moi qui me croyais guéri, sur ce mot je redevins amoureux comme un fou, et de nouveau je partis pour faire le tour du monde, deux fois, trois fois et quatre, et voici la cinquième… Et à présent, il y a huit jours… Meyfrette est morte ! »

Il se mit à pleurer comme un enfant et à s’essuyer les yeux avec son mouchoir à carreaux bleus.