Le jour naissait, décidément. Toutes les cimes se teignaient de rose. Et j’entendais en m’éloignant les commandements du capitaine : « Largue les huniers !… bordez, hissez !… dérapez !… hisse le grand foc ! »

— Adieu, adieu, capitaine Justin !

Le brick s’éloignait fièrement. Il se balançait comme pour faire le beau. Le jour éclatait, empourprant sa haute voilure d’été, blanche, nettement découpée sur du bleu sans bords.

Les voix du brick m’arrivaient à présent confuses ; et, sur le quai, non loin, des cueilleuses d’immortelles, qui riaient parce qu’elles avaient seize ans, passaient, se rendant à leur travail, aux cultures étagées là-bas sur la colline ; et le chanteur de la veille, ayant mis à la mode, dans tout le village, la chanson du conscrit, elles redisaient en chœur avec des voix fraîches comme la jeunesse :

Je me suis engagé

Pour l’amour d’une blonde !

C’est pas pour l’anneau d’or

Qu’elle me doit encor,

Mais c’est pour un baiser

Qu’elle m’a refusé !…