La cuisinière avait tué deux pigeons.

— Je les mettrai aux petits pois, s’était-elle dit.

Elle alla dans une pièce voisine chercher une corbeille où jeter les plumes de ses pigeons à mesure qu’elle les plumerait.

Quand elle revint dans sa cuisine, elle poussa un grand cri. Un de ses deux pigeons s’était envolé ! Elle ne s’était absentée pourtant que quelques secondes. Un mendiant sans doute était passé par là, avait fait main-basse sur l’oiseau par la fenêtre ouverte. Elle sortit pour chercher le mendiant imaginaire. Personne. Alors, machinalement, elle songea : « Le chien ! » Et aussitôt, saisie de remords : « Quelle horreur, soupçonner Pierrot ! Jamais il n’a rien volé ! Il garderait, au contraire, un gigot tout un jour sans y toucher, même ayant faim !… Du reste, il est là, Pierrot, dans la cuisine, assis sur son derrière, — l’œil à demi fermé, bâillant de temps à autre ; il s’occupe bien de mes pigeons ! »

Pierrot était là, en effet, somnolent, avec un grand air d’indifférence ! Je fus appelé…

— « Pierrot ? » Il souleva vers moi sa paupière appesantie. « Eh ! que veux-tu, mon maître ? J’étais si bien ! Tiens, je pensais… à la boule ! »

— A la boule ? je suis de votre avis, Catherine ; le chien n’a pu voler le pigeon. S’il l’avait volé, d’abord, il serait en train de le plumer, au fond de quelque fossé, pour sûr.

— Regardez-le, pourtant, monsieur… Ce chien-là n’a pas l’air chrétien.

— Vous dites ?

— Je dis que Pierrot, en ce moment, n’a pas l’air franc.