Alors, la pauvre mère, avec timidité, essaya de dire, pour finir :
— Tu sais, une fois, avec Jean Lepic, le matelot, cette fille a fait parler d’elle…
— Je connais cette histoire, dit Jacques, ne m’en parlez plus jamais, je vous en prie, ma mère… Et il serait fâcheux qu’une autre personne que vous m’en parlât !… Vous conviendrez bien qu’avant de me connaître, Yvonne a pu sentir son cœur battre, sans qu’on ait le droit de lui en faire un crime. Elle a souri à ce Jean Lepic, peut-être… Nous avons tous eu de ces amours d’enfant… Et après ? Yvonne sera ma femme, ma mère, vous ne voudrez pas me désespérer.
La mère temporisa.
— Tu es bien jeune !… il faut naviguer encore… Marié, tu n’aimeras plus la mer ! Alors, tu demanderas un poste à terre… Mais aujourd’hui c’est trop tôt pour renoncer aux beaux, aux grands voyages… Profite de ta jeunesse, de ta santé, de ta force !…
Jacques souriait à la vie, qu’il sentait en lui puissante, indomptable. Santé, force, jeunesse, tout cela était en lui si vivant en effet, si certain ! et comme chantant.
Dans les moments où il se sentait ainsi insolemment joyeux d’être jeune et fort, s’il était avec quelqu’un de ses camarades d’école, il le poussait de l’épaule, en clignant de l’œil… ce qui voulait dire : « hein ! te souviens-tu des bonnes raclées du Borda ?… on pourrait recommencer ! »
Et pourtant, d’un tout petit coup d’épaule… Mais voici ce qui arriva :
IV
Jacques dut quitter le port de Brest pour le port de Toulon.