— Est-ce que vous me pardonnez ? répéta la malheureuse, effrayée, à bout de forces… éprouvant en une seule fois toutes ses douleurs passées… Après tout, elle allait le perdre !… il avait été sien pendant une heure, ce petit qu’elle allait quitter pour toujours !
Thérèse aussi n’était pas contente. Elle s’apprêtait à dire : « Sortez, madame ! on ne vole pas un enfant ! » Mais juste à ce moment-là, Zan, transporté d’une joie subite en voyant entrer dans la boutique son arbre de Noël qu’apportait le domestique, sauta vers sa belle dame, tout dressé sur ses pieds et les bras tendus, comme s’il voulait l’embrasser !
— Est-ce que vous permettez, madame, que je l’embrasse ? dit Anna.
Et il y avait, dans sa voix qui tremblait, tant de supplication honteuse, poignante, que la fruitière, se baissant brusquement, saisit son petit Zan et le lui fourra dans les bras.
— Faudra venir le voir quelquefois, gronda-t-elle, vous êtes tout de même une brave fille !
Et alors la fruitière, tombant sur sa chaise, se mit à pleurer, à pleurer toutes les larmes de son corps.
LE ROMAN COMIQUE EN MINIATURE
A Gabriel Monod.
Une impression d’intérieur bien chaud, la gaieté des lampes et des bougies allumées pour la fête ; les tables étincelantes, et la bûche qui flambe dans la grande cheminée.
C’est une fête d’enfant. C’est l’anniversaire d’une naissance.