Celui dont les hommes firent un Dieu, ne pouvant croire que tant de bonté et de simple et doux courage fussent des qualités humaines, Jésus, l’énergique, le fort, qui apparaît pourtant comme un suave conteur d’idylles, Jésus naît ce soir, dans une étable ; il vagit, tend les bras sur la paille, entre l’âne et le bœuf.

Un brave homme a donné l’hospitalité pour la nuit à Joseph, à Marie la Douloureuse. Il a fallu que celui qui venait apporter au monde la Charité, l’inspirât même avant que de naître.

Et je pense aux petits enfants.

Cette année, au mois d’octobre, je menais à la campagne, devant la mer tiède de Provence, une vie tranquille. Le soir seulement, tout de suite après le coucher du soleil, un froid subit s’abattait sur la terre, couvrait tout d’une humidité mortelle ; on frissonnait ; le paysan rentrait en hâte, allumait pour la soupe une brassée de sarments, les derniers sarments de vigne française, et, tout en gémissant sur la mort de nos souches, il se réjouissait de tendre le dos un moment au feu qui cuisait sa soupe.

Mais les journées… Oh ! les douces, les exquises journées !

L’automne, quand on s’avance vers l’âge qui correspond à cette saison, devient la saison qu’on préfère. On le comprend, on en pénètre le charme.

Affinités mystérieuses de la nature et de l’âme humaine, vous êtes le bonheur, le seul qui ne mente jamais.

Les jours coulaient, et j’étais heureux. Quelquefois, un ami voyageur frappait à ma porte, partageait mon repas de campagnard, me disait les bruits de la ville. Il me parlait d’ambition, de gloire.

J’étais, m’assurait-il, un auteur dramatique ! je me devais à l’art ! Faire des vers de temps en temps, au gré du caprice, « de l’inspiration », comme on dit, cela ne suffit pas. Il m’assurait (et la chose me paraissait singulière) que j’avais, moi, l’hiver précédent, donné une pièce au Théâtre-Français. Cela était de ma part une promesse, un engagement ; il fallait maintenant revenir au combat, donner non pas une, mais deux pièces, à l’Odéon, au Gymnase ! — et, tandis qu’il parlait, je le regardais comme un étranger, parce que sa langue m’était devenue étrangère.

— Voyez, lui disais-je, voyez l’attitude de ma bonne chienne. Est-elle jolie ainsi ! Demain matin, vous la verrez en arrêt… un bronze de Mêne ! nerveuse et fine, et immobile !… Nous irons chasser au bord de la mer… Connaissez-vous le petit bois du Pin de Galles ? C’est la propriété de notre commune. Un endroit inconnu parce qu’il est à deux lieues seulement de la ville. Au premier point du jour, c’est de là qu’il faut voir le ciel, si joli, à travers les branches des pins… Nos pins toujours en murmure ! Des lyres vivantes, l’antique harpe d’Éole — pour laquelle on oublierait éternellement le luth, qu’on attribue aux fées…