Un coup de vin pur comme à des hommes, et ce fut fini. Les têtes mêmes disparurent dans la paille. « N’allumez point d’allumettes ! » recommanda Benoni, et nous nous retirâmes, salués par le « bonsoir, merci ! » de dix voix enfantines.

Le lendemain, au chant du coq, je regardai la fenêtre haute de la fénière. Elle était ouverte, encadrant de noir le minois pâle, fatigué, des deux petites filles, de la soubrette, de la jeune première, et du comique de sept ans.

Toute la troupe descendit.

Hélas ! le roman comique me paraissait, en ce moment, une chose bien triste !

La troupe des petits comédiens était lamentable à voir sous la lumière gaie du matin.

Les traits tirés, les yeux cernés, pâlots, lassés de vivre aux chandelles, de chanter tous les soirs, et de faire parfois trente kilomètres dans un jour, en mettant l’un devant l’autre leurs petits pieds, mal pris dans les souliers de corde trop grands et chavirés !

Et je pensai au Théâtre-Français, aux comédiens illustres, aux auteurs célèbres, tous riches, qui tiennent le haut bout de l’échelle au bas de laquelle étaient ces tout petits. Jamais distance du premier au dernier ne fut mieux marquée. Il semblait qu’elle fût double, triple, des plus fameux jusqu’à ces humbles. Il y avait celle de la fortune et de la gloire à la misère et à l’infirmité ; celle de la taille aussi, symbolique de leur exiguïté morale. Théâtre miniature ! miniature de souffrance, infiniment petit qui contient un monde, réduit, mais entier ! Quelle tristesse, ce spectacle !

« En vérité, je vous le dis : nul d’entre vous ne gagnera le royaume des cieux, s’il ne devient semblable à l’un de ces petits. » Et ceux-là s’en vont par les chemins cherchant déjà l’effet, et non la vérité. Hélas ! mon Dieu, que dirait Jésus ?


Les oiseaux piaillaient le matin. Mes paons, tout fiers, descendaient du haut des pins. Les cailles familières jetaient leur cri saccadé. La joie revenait aux créatures avec la saine lumière du jour, mais ces petits pensaient seulement aux chandelles qu’ils allumeraient le soir dans un café de village pour chanter leur répertoire :