Et nous buvions à la santé d’Antoine. Les jours, les mois coulaient. Nos vingt ans étaient vingt-cinq, vingt-six et trente. Madame Irène était morte. Le soleil se faisait rare. Les quinquets fumeux répandaient de l’ombre dans le cabaret de madame Irène — morte. Des têtes nouvelles, aux longs cheveux plus brillants que les nôtres, y apparaissaient le soir. Des visages imberbes. Des poètes-enfants s’asseyaient à nos tables, nous poussaient du coude sans se gêner. Des peintres, des musiciens, des sculpteurs de seize ans nous trouvaient vieux, poncifs, bien vieux, et, à nos théories, hochaient la tête d’un air grave, comme des jeunes gens qui en savent long, et qui ne veulent pas blâmer encore, par respect pour l’âge !
XVII
On reparlait toujours de la statue d’Antoine.
— Oh, ça, par exemple, c’est un chef-d’œuvre ! Le chef-d’œuvre même de la génération !
— Cette statue, eh bien, tu dois la connaître, toi ?
— Oui par le sonnet de Lereître.
— Moi par la symphonie d’Andolin !
— On l’a donc mise en sonnet, sa statue ?…
— Et en musique, comme tu vois.
— Mauvaise musique et pauvre sonnet !