Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde,

Sur ces rives que l'œil se plaît à parcourir,

Nous avons respiré cet air d'un autre monde,

Elise!...

Il sembla à la jeune fille qu'il lui parlait à elle, à elle-même, puisqu'il la nommait. Elle prêta au lecteur toutes les grâces de parole du poète. Denis Marcant soupirait son amour. C'était lui l'inspiré! que dis-je, il était l'amour lui-même! Jamais elle n'avait rien entendu de pareil...

Elise!... et cependant on dit qu'il faut mourir!

Elle n'écouta même point la fin du vers. Au mot d'Elise, prolongé savamment par le lecteur, elle sentit son jeune sein doucement gonflé. Il lui sembla que quelque chose dans sa poitrine, au plus profond de son cœur, frémissait, quelque chose comme un oiseau, captif dans la main fermée, qui veut ouvrir l'aile et fait un doux effort pour s'élancer à l'espace, s'envoler au loin, se perdre au ciel... Et tout bas, dans le secret même, elle prononça, en réponse à ce nom d'Elise, le nom de Denis!

Cette journée était restée unique dans la vie d'Elise. Sensation, émotion, poésie,—tout avait été vécu pour elle ce jour-là.

Au retour, le soir, sur la grand'route, dans l'ombre commençante, Denis avait répété plusieurs fois le vers charmeur:

Elise!... et cependant on dit qu'il faut mourir!