Et elle avait gardé, dans l'exemplaire des Méditations qu'il lui avait offert en souvenir, un brin de lilas cueilli par lui ce même jour: «Je vois bien que je vous aime!... Et vous, m'aimez-vous?»—Il avait compris: oui!—à la manière dont elle n'avait pas répondu. C'est ainsi qu'ils s'étaient fiancés.

Quand le brave garçon avait conté cela à son père le libraire,—qui pourtant était arrivé à Mâcon, vingt-cinq ans auparavant, en colporteur, la balle au dos,—le bonhomme fit la grimace. Il se considérait comme une espèce de riche. La petite n'avait rien. Pourtant il ne fut pas insensible.

—Voilà, dit-il, mon garçon, tu attendras sept ans,—et puis, si tu n'as pas changé d'avis, eh bien, ça ira,—foi de Marcant!

Pourquoi sept ans? C'est le chiffre fatidique des amours bibliques et des amours de contes et de chansons populaires. Le colporteur, qui vendait des Bibles et des Contes de Perrault, avait prononcé sept ans, sans réflexion. Sept ans pour lui, c'était le Nombre, et sa cabalistique était bien inconsciente.

Il comptait sans son hôte.

Le jeune homme avait d'abord travaillé ses examens de licence et, une fois licencié, redemandé à son père de lui laisser épouser sa petite amie.

—Tarare! dit le bonhomme, il n'y a que trois ans d'écoulés. J'ai fixé sept ans... Pas un trimestre de moins! «Avant quatre ans, songeait-il, le roi, l'âne ou moi—nous mourrons.»—Il faut d'abord, ajouta-t-il, que nous soyons docteur à toutes boules blanches.

Deux ans plus tard, Denis Marcant réalisait le vœu de son père.

—Et maintenant? lui dit-il.

Le père Marcant, laconique, répondit: