—Oh! regarde, maman! dit tout à coup Georges, on dirait les barreaux d'une cage... c'est nous les oiseaux! nous ne pourrons plus jamais sortir!
Elle trouva le mot joli, et embrassa l'enfant.
Il reprit:
—Et l'Ibis Bleu, où est-il?
Elle y songeait depuis que le temps était devenu si mauvais. Dès qu'elle avait vu le triste rideau des nuages descendre sur le théâtre, hier si joyeux, de la mer et du ciel, elle y avait songé. Mais tout de suite elle s'était dit que le mauvais temps, ayant commencé pendant la nuit, avait dû trouver le yacht au mouillage, dans quelque baie. Elle n'avait donc aucune crainte pour leur aimable compagnon d'Agay. Elle n'avait que l'ennui d'être confinée chez elle et de voir, à travers les vitres ruisselantes, l'eau du ciel tomber, sans arrêt, dans l'immense coupe criblée de gouttes de pluie rejaillissantes.
Cela dura trois puis quatre jours, avec des violences diverses. L'omnibus de Saint-Raphaël au Dramont recevait les commandes de Marion, rapportait les provisions—car misé Saulnier, en bonne Provençale, regardait la pluie comme un obstacle définitif à toute sortie.
La femme qui venait tous les matins arrivait avec l'omnibus, apportant un vaste parapluie antique, et des plaintes sans fin.
Enfin, la pluie cessa, mais le temps demeurait sombre. Deux ou trois chasseurs au marais qui partaient pour l'expédition favorite, un employé de télégraphe sur sa bicyclette, c'étaient les seuls passants de la petite route, derrière la villa. Une voiture de temps en temps—celle d'un médecin allant à ses malades. Toutes les autres attendaient, sous les remises, que le soleil voulût reparaître.
Alors, le souvenir revint à Elise, très vif, plus coloré que l'image réelle, des quatre jours de beau temps qui les avaient accueillis à Saint-Raphaël. Elle revoyait sans cesse le bleu clair des eaux et du ciel, la blancheur ensoleillée du yacht, le pont éclatant de cuivres bien frottés, de bois bien briqué, la côte verdoyante comme un printemps sous les rayons du soleil d'hiver—et ce déjeuner sur le pont, et celui, aussi, au plein air, devant la ferme Antoinette, dans la plaine de Fréjus.
A présent, dans la plaine, les oiseaux de marais tournoyaient en se plaignant. Les goélands inquiets gagnaient l'abri des ports, demandaient au voisinage des villes une nourriture qu'ils ne trouvaient plus ailleurs. L'ibis grisâtre (le courlis au long bec courbe) traversait la bruine, en appelant, comme une âme en détresse.