Elise était malade: Marcant ne vit que cela, ne songea qu'à cela. Tout le reste disparut pour lui. Il s'installa dans la chambre de sa femme, avec ses dossiers, lui lut les journaux et le roman à la mode. Le médecin, appelé, montra quelque inquiétude, ordonna l'obscurité, le silence, l'absolu repos...
—J'ordonnerais, si j'osais, dit-il, l'entière solitude.
Marcant retourna s'installer dans sa propre chambre, fort tourmenté, plus encore qu'il ne voulait le paraître. Il fut admirable avec Georges; il remplaça la mère, pour l'indulgence infinie. On eût dit vraiment qu'il n'était un peu sévère, à l'ordinaire, qu'afin de contre-balancer l'excessive faiblesse de la mère envers l'enfant, et que, lorsqu'elle venait à manquer, il savait être une maman aussi.
La passion de Georges pour son Ibis Bleu ne tombait pas. Il jouait tout le jour dans les petits bassins sans profondeur, creusés par l'eau salée dans les roches du rivage.
Marcant, à son tour, le surveillait de la fenêtre, lui criant ses: «Prends garde!... Pas si loin!... Reviens!...»
Des soins attentifs remirent Elise sur pied, mais elle avait maigri et pâli.
Marcant, très ému, demanda au ministre une prolongation de congé d'une quinzaine de jours.
VIII
Il fit faire à sa chère Elise quelques promenades en voiture, aux heures tièdes. On retourna ensemble à la ferme Antoinette où Elise était retournée deux fois avec Georges.
Georges était toujours ravi de cette promenade. La plage de Fréjus l'amusait. Il y cherchait des menues coquilles dans le sable, des cailloux blancs, lustrés par la mer. Cette espèce d'ogre de Saulnier l'attirait aussi comme un monstre inoffensif, drôle à regarder. Et puis il y avait à la ferme les mulets et les chevaux, dont Saulnier parlait si bien, un gros chien docile avec qui on pouvait avoir des conversations interminables, et enfin la petite Toinette qui, dès ses premières visites à la villa, où elle apportait de temps en temps des œufs et des légumes frais, avait promis à Georges de lui donner quelque jour un écureuil! un joujou vivant!...