De plus en plus, ils entraient dans le péril, et à chaque instant l'expérience apprise aurait dû les avertir, celle du moins qui a son expression dans cette simple règle de convenance: «Un homme ne doit pas être l'hôte assidu d'une femme dans la solitude». Mais elle le voyait encore amoureux de cette «maudite femme» et, à cause de cela, ne prévoyait pas qu'il pût lui parler d'autre chose. Lui, pensait de même. Ils se croyaient en sécurité tous deux, derrière ce fragile abri. Et justement la consolation qui, par Elise, venait à Pierre, ruinait tous les jours un peu par la base cet obstacle imaginaire.

Ce commerce de confidences et de conseils leur révélait à chacun les qualités morales de l'autre, et une amitié véritable naissait en tous deux. L'échange de grande estime, de sentiments bons et sérieux, commençait entre eux et rendait le fleurt d'autant plus dangereux que leur méfiance s'endormit à mesure qu'elle eût dû, au contraire, s'éveiller plus vive.

Il s'installa dans la chambre de sa femme... (Page 64.)

Un jour, Pierre annonça une absence probable de quinze jours. C'était la première fois qu'il laissait prévoir un de ses départs. Il partit pour Naples.

Quelques jours après, arrivait Marcant.

On était en avril.

Elise gardait le lit avec un gros rhume, qui était inquiétant parce qu'il la prenait avant qu'elle fût bien guérie des suites du mal qui l'avait amenée dans le Midi. Elle avait voulu voir appareiller l'Ibis et elle était restée au soleil de mars et au vent, sur la terrasse formée par le toit de la villa, haute d'un seul étage, mais d'où l'on dominait tout. Elle le dit, et elle fut grondée, doucement.

Elle ajouta ingénument, avec des ruses de fond, presque inconscientes, que M. Dauphin était venu la voir plusieurs fois, qu'il avait été très bon pour elle et pour Georges, qu'il adorait une femme et qu'elle, Elise, lui avait conseillé le mariage.