Cent fois, Denis avait raconté ça à Elise.
—Est-il bon, hein?... Est-il assez bon!
En résumé, Denis, riche des six ou sept mille livres de rente que devait lui laisser son père,—et que son travail pouvait tripler un jour,—avait épousé une fille sans dot. Denis Marcant avait perdu son père peu de semaines après son mariage, et on avait quitté depuis lors et pour toujours la bonne ville de Mâcon. La mère d'Elise était venue mourir à Paris deux ans plus tard, heureuse d'avoir connu le petit Georges.
Elise n'avait pas d'autre histoire.
Ses cheveux châtains étaient foncés, mêlés de quelques coulées blondes, trop lourds pour sa tête mignonne qui pliait avec grâce sous cette massive coiffure. Mince et bien prise, point maigre, nullement grasse, elle était jolie. Le cou un peu long. La poitrine jeune. Une distinction innée lui donnait un peu de hauteur. Elle ne semblait pas la femme de son mari. Une qualité les rapprochait: tous deux étaient bons. Mais elle était de plus infiniment délicate. Peut-être n'en savait-il rien, tant il était occupé.
III
—Laroche! cinq minutes d'arrêt!
—Ah! s'écria Marcant. Laroche! Je n'en suis pas fâché. J'ai bien gagné mon repos: j'ai griffonné au moins dix brouillons de lettres! je déjeunerai avec plaisir.
Son portefeuille bouclé, il le jeta sur le filet, sauta à bas du wagon et tendit les bras à Georges qui s'y précipita, comme si c'eût été là un geste de réconciliation. Il y avait beau temps que le père avait oublié son: «Tu m'ennuies, Georges», mais le petit homme avait dans le cœur une mémoire profonde.
En posant son enfant à terre, il l'embrassa; et Georges se mit à être heureux.