Il s'avança avec aisance et demanda des nouvelles de la «bourgeoise». La bourgeoise, c'était misé Saulnier. Il demanda également si on trouvait bons, à la villa, les légumes et les œufs frais de la ferme... Puis, se tournant vers Toinette:
—En voilà un, de panier,—le vôtre, monsieur et madame—en voilà un de panier, qu'elle porte volontiers et qui ne la fatigue guère!... Plus d'une fois, je vous assure, elle le pose en route, et la route n'est pas toute droite, d'ici à votre villa! Elle nous en fait des contours drôles, cette route!... Hier, par exemple, d'ici à Saint-Raphaël, ce chemin-là passait par le Grand-Chêne!... N'est-ce pas, petite?
Les yeux de Cauvin riaient. Toinette était toute rouge comme un petit coq. Elle redressa la tête, et frappant presque du pied:
—Qu'avez-vous à venir comme ça, vous, me tourmenter devant le monde? Et qu'est-ce que vous voulez dire avec vos paroles qui vont loin? Pourquoi m'épiez-vous, quand je sors? Les chemins que je choisis, entendez-vous bien, ne regardent personne!
Elle était jolie à croquer, avec son air rebelle. Charmante à voir, cette gentillesse jeune qui voulait paraître terrible, tout au moins se faire craindre.
Cauvin, campé devant elle, oubliait qu'il venait pour manger et boire. Il la regardait d'un air d'admiration heureuse, avec un sourire répandu partout sur sa face énergique.
—Ne t'emporte pas, petite! Tu me plais trop quand tu es en colère! Ma foi de Dieu! j'ai peur devant toi... Zou! gronde encore, que je vais trembler!
—Aussi, vous me taquinez toujours.
—Pourquoi fais-tu la cachottière?
—A vous, je n'ai rien à dire: vous n'êtes pas ma mère, je pense! ni mon père, voyons?