Il expliquait la vie bienfaisante de cette femme, toute simple au milieu des plus grands raffinements de la fortune, toujours absorbée par quelque ouvrage destiné aux pauvres, aux institutions de charité, n'aimant plus le monde où elle avait eu de grands triomphes de beauté, et vivant uniquement occupée de bonnes œuvres, le visage paisible et souriant de bonté sous des cheveux déjà tout blancs, mais restés abondants...

Les œuvres inspirées par la pitié pour les femmes l'intéressaient surtout.

Elle était infiniment bonne. Ses plus grandes pitiés étaient pour les misères auxquelles se mêlent la faute, comme origine ou comme conséquence, car, d'après elle, les plus pervers, les plus coupables souffrent davantage. Leur misère est double.

Par tous ces détails de sa vie intime racontée, par sa tristesse surtout, Pierre prenait peu à peu le cœur d'Elise.

Elle en arrivait même à lui faire un mérite des vertus de sa mère. Pour les comprendre, les aimer, les raconter si bien, il fallait que, vraiment, il en eût quelque chose!

Elle n'avait plus, comme au premier jour, ces embarras qu'éprouve bien vite une jeune femme dans le tête-à-tête avec un jeune homme.

Elle était une amie maintenant pour lui. Elle le lui avait dit. C'était là la part du cœur, ce sentiment sincère et bon; mais, d'autre part, au profit du diable, un charme s'exerçait sur elle, dont elle ne se rendait pas compte, le charme d'élégance fine qui s'échappait de toute la personne de Pierre, l'attrait matériel du luxe, celui qu'elle avait subi dès le premier jour, à bord, au milieu des fleurs, dans le petit salon sobre d'ornements, riche de beauté, d'art, de couleurs assemblées avec goût.

Elle vivait ainsi dans l'étourdissement doux de cette vie nouvelle, un peu moins souvent attentive à Georges. Marcant l'avait forcée de renoncer pour quelque temps aux leçons données au cher enfant. Elle était si fatiguée!... Elle devait parler moins... On avait trouvé un vieil instituteur qui venait deux fois par jour... La femme de chambre, qui ne venait d'abord que le matin, avait été prise pour la journée entière. Elle devait surveiller Georges, être à son service, l'accompagner à la promenade... Tout cela, Elise avait dû l'accepter contrainte et forcée, dans les premiers temps, par sa faiblesse, par la nécessité où elle se voyait de garder la chambre et de parler peu. Quand elle alla mieux, elle laissa les choses en l'état, sans savoir pourquoi, sans y songer, prise d'une paresse favorable au rêve, d'un engourdissement singulier de ses inquiétudes maternelles, jadis exagérées et de toutes les minutes.

Ce pays portait à cela, au rêve.

Il arrête l'effort, invite aux contemplations sans fin. La vie oisive y semble légitime. On entend des femmes pieuses dire que, devant cette nature, cette mer, l'extase d'admiration est une prière...