Quant à Georges, son petit cœur adorable s'était résigné à cette nouveauté de vie après qu'il eut gravement écouté son père lui en expliquer les motifs.
«C'était pour guérir sa maman?... alors, c'était bien.»
Il était de ces natures exquises qui exigent de grandes manifestations de tendresse, qui acceptent, sans aucun égoïsme, de grands dons et de grands dévouements—parce qu'elles sont capables de les offrir en retour, même par avance.
... Ainsi Elise et Pierre cheminaient vers la faute.
Peu à peu, une volonté instinctive,—du dessous,—prenait en eux le dessus, dominait le sentiment appris et raisonné, des convenances et du devoir.
Les deux amis, qui croyaient s'aimer d'une tendresse permise, en venaient à éprouver quelque chose de bien semblable à l'amour. En analysant sans cesse le récent chagrin de Pierre, en parlant de la trahison pour la maudire ou la flétrir, ils ne songeaient pas qu'ils devraient bientôt mentir, cacher à Marcant leur intimité, toute innocente qu'elle leur parût:—et que le premier mensonge, même léger, vis-à-vis de l'époux confiant, c'est déjà la trahison consentie.
Pourquoi Pierre était-il parti comme malgré lui, en apprenant que Marcant allait revenir?
Il s'était expliqué à lui-même ce départ de mille façons. Il s'était répété surtout qu'il pouvait quitter Elise puisqu'elle n'avait pas besoin de sa compagnie, la pauvre femme, en ce moment! Il fallait qu'il allât voir sa mère, il le fallait.
En réalité, il éprouvait quelque embarras à l'idée de revoir familièrement Marcant, de recevoir des remerciements pour ses assiduités, que le cœur si droit d'Elise ne manquerait pas d'avouer. Et, de son côté, Elise avait éprouvé une aise à peine consciente de ne pas voir Pierre en présence de son mari à qui elle sentait bien que quelque chose d'elle venait d'être dérobé.
Ce quelque chose d'elle, elle se croyait en droit de le donner à un autre, mais elle trouvait difficile tout de même d'informer Marcant, précisément parce que, après son sentiment d'affection forte et simple pour son mari, ce qu'elle donnait à Pierre était le plus pur de son âme et de son esprit.