Se rencontrer, causer, se revoir était devenu leur bonheur profond.
Il ne s'occupait plus d'autre chose. Il arrivait quand bon lui semblait, apportait quelques friandises à Georges, une fleur, un livre à Elise, une nuance d'idée ou de sentiment à lui soumettre. Ceci surtout la séduisait. Jamais personne ne lui avait parlé ainsi de choses profondes et vagues. C'était un langage tout nouveau pour elle, celui de cet homme jeune aussi élégant et aussi oisif qu'une femme, et qui, à l'infini, analysait son cœur, ses craintes, ses désirs, ses chagrins, les lui faisait ressentir par la vivacité heureuse de l'expression, la grisait du nombre et de la force de ses sensations variables.
Elle était devenue pour lui comme un instrument docile, qui vibrait à sa guise dans toutes ses fibres, au moindre accord frappé... Aussi bien, il y avait dans cette parole musicale le danger des arts qui ne ramènent pas la sensation à l'idée.
Cela restait pour eux le principal péril, cette conversation perpétuelle, flottante, où sans cesse flottait le mot d'amour. Maintenant, il ne se gênait plus: il lui ouvrait à toutes les pages le roman de son cœur, et, incapable de l'écrire, le racontait avec des complaisances infinies... En le racontant ainsi à une femme qu'il aurait pu aimer... qu'il désirait (mon Dieu, oui, nul mal à cela: désirer et ne pas demander, c'est beau au contraire!) il le vivait une seconde fois, ce roman, d'une façon plus intense peut-être,—et plus haute.
A goûter ce charme, à le rechercher le plus souvent possible, il continuait de se croire dans son droit. Persuadé, ce sceptique, qu'Elise était «la femme honnête», certain qu'elle ne trahirait pas son mari, convaincu que lui-même ne lui dirait aucune parole tentatrice; indigné à l'idée seule qu'il pourrait en être accusé,—il croyait de bonne foi n'être pas coupable parce qu'il n'avait pas d'intentions formelles...
L'autre, celle dont les lettres dormaient au fond de la mer,—ne l'aimait-il pas toujours?—Oh! si, encore un peu, toujours et quand même!
Il se faisait une gloire dans le secret de sa conscience, honnêtement, de n'avoir jamais rien prémédité contre le repos d'une femme... En réalité, croyait-il, l'homme prétendu entreprenant ne fait que répondre, par le fait, au secret appel des coquettes, dont il est averti par on ne sait quel fluide, par telle attitude furtive, par un regard, un rien...
Il ne s'apercevait pas qu'un semblable appel d'amour sortait de lui-même, de toutes ses paroles, de ses regards, de toute sa personne. Il séduisait par ses moindres façons d'être; il était coquet par nature; en somme, très femme; il voulait plaire.
Des paroles de séduction préméditées n'eussent rien été auprès de la dépense permanente de fluide attirant qui était dans tous ses gestes, dans ses moindres paroles, malgré lui, par don de race païenne... par goût inné de la beauté voluptueuse.