Maintenant, il arrivait sans ombre de motif, parce qu'il ne pouvait faire autrement: «Il était trop triste! Le sourire du petit Georges suffisait à endormir son mal.» C'était vrai encore.

Il jouait avec ce petit, il avait avec lui d'interminables conversations sur le monde des rêves enfantins. Et plusieurs fois Georges lui dit:

—Pourquoi ne venez-vous pas plus souvent, dites, monsieur Pierrot?

Elle se mit en face de ses scrupules et se demanda nettement un matin si elle avait le droit de goûter le charme de cette amitié.

Elle se répondit: «Oui!—Est-ce que le devoir doit être une chose ennuyeuse? Est-ce que la vie ne commande pas qu'on la vive?... Ce que son ami Pierre lui apportait, Marcant jamais ne le lui eût fait connaître: il ne s'en doutait même pas!... Et pourquoi enfin ne raconterait-elle pas à Denis les assiduités de Pierre, puisqu'elles étaient honnêtes? Elle le forcerait bien à comprendre!...» Cette pensée la rassura.

XV

Un jour Pierre arriva bouleversé. Sa mère était souffrante; il quittait son bateau. Il allait dans une heure prendre le train, afin d'arriver près d'elle plus tôt. Il montra la lettre qu'il venait de recevoir. Elle n'était pas inquiétante, cette lettre, mais il s'inquiétait, ne voulait rien entendre qui le rassurât; il s'effrayait, et sa peine, son trouble exagéré, montraient un cœur si tendre, si parfaitement affectueux, si dévoué, qu'elle se mit à l'aimer mieux, plus gravement, comme un ami de très longtemps, dont on connaît tous les fonds, sur qui on peut compter parce qu'il a le cœur bien placé, un cœur sûr.

—C'est elle qui vous a élevé?

—C'est elle.

—J'aurais dû le deviner. Vous avez des tendresses, des douceurs, des grâces dans votre cœur, dans votre esprit, qui sont bien féminines—-et bien attachantes. Partez donc bien vite! mais j'ai lu entre les lignes de cette lettre. Elle n'est pas alarmante; je vous jure que vous allez trouver votre chère maman en bonne santé...