Pierre touchait à l'âme du petit avec une main vraiment maternelle. Cela achevait de conquérir la mère, de lui donner de cet homme une haute idée, fondue dans l'émotion...
XVI
Une seconde fois, Marcant annonça sa visite. On était vers la fin du mois de mai. Il venait passer deux jours seulement... Il trouva sa femme encore bien pâle, exigea qu'elle fût au lit de bonne heure le soir. Il se contentait de la joie d'être assis dans sa chambre, durant une ou deux heures après qu'elle était couchée. Et sous la lampe baissée il lisait paisible, heureux du home.
Il avait apporté de grosses nouvelles.
Son ministre lui offrait une préfecture. Que devait-il faire? N'y avait-il pas à craindre l'instabilité de ces positions de préfet? Au ministère, il était vraiment inamovible. Préfet, les circonstances autour de lui seraient comme les vagues d'une mer au milieu desquelles il faudrait naviguer... On dépend de l'opinion, de la presse, de tout...
D'autre part, l'oncle, très malade, l'avait fait appeler et lui avait dit avec sa rondeur d'habitude:
—Tu auras pour ton fils, décidément, la plus grosse part de ma fortune. Ne me pleure pas plus qu'il ne faut! Et pense au contraire à être heureux avec mon argent! autrement, songes-y bien, j'aurais manqué mon but!
Il se savait condamné, et en parlait sur ce ton.
Marcant l'avait consulté sur la question de la préfecture.
—Saute dessus, mon garçon! si tu n'avais pas mon sac, je ne te dirais pas ça, mais tu l'as! saute sur la préfecture! Tu seras ton chef dans un département! Tu seras un petit roi! et, avec de la fortune tout à fait indépendant... Marche donc! je ne te ferai guère languir... Et ne prends pas cette mine longue! Sois sincère: tu es content de moi, et heureux de l'avenir que ma mort te fera. Il n'y a pas à dire non!—c'est la nature!... Tu ne m'as pas tué, n'est-ce pas? Alors, sois sans peur, mon gaillard, comme tu es sans reproche!