Ainsi avait bavardé le bon oncle.

Elise parla de l'aller voir.

—Oh! il n'en est pas là! Tu as le temps. D'ailleurs il a songé à tout, le brave homme. Il ne veut te revoir qu'avec une mine de Hollandaise, et il espère encore venir nous rejoindre un de ces matins.

Marcant rayonnait. Il n'avait apporté aucuns dossiers. Il se surprenait à pousser des exclamations de surprise, lui aussi, devant une fleur, ou un reflet de soleil dansant sur la mer.

Et il offrit à Georges d'aller jouer avec lui sur la plage... Baissé, il cherchait des coquillages dans le sable, et les pans de la redingote du chef de division, cette redingote qui ne le quittait pas, trempait parfois dans la vague, comme l'aile noire des maoù-maridados...

Il reçut la visite de Pierre, le remercia encore de ses aimables lettres, lui donna de nouvelles assurances au sujet de l'éternelle affaire qui occupait son père... Cela traînait et d'ailleurs traînerait longtemps...

Pierre ne le reconnaissait plus. Marcant, très excité, se répandait en rêves, blâmait les existences sédentaires, formait des projets de voyage.

—Ma femme est souffrante, mais avec des ménagements, je crois qu'elle sera vite rétablie; j'en suis sûr. J'aurai un congé de trois mois; nous irons en Italie. On est bête de renvoyer toujours les choses agréables, celles qu'il faut faire lorsqu'on est jeune! Regardez-moi; j'ai quelques cheveux gris! Eh bien, je n'ai pas vécu!... Avant de venir ici, nous n'étions allés nulle part! C'est risible! c'est comme ça. Quand j'ai épousé ma femme, elle n'avait vu que Mâcon! A présent, elle n'a vu que Paris! Et pourtant le monde est vaste, et tous ces beaux horizons disent quelque chose, je le comprends. Il faut se mêler à la nature... oui, je comprends ça! C'est ce pays, c'est votre bateau même qui m'ont fait sentir ainsi!... Heureusement, il n'est pas tout à fait trop tard!

Et riant:

—Je deviens éloquent, hein?... Et moi aussi, mon cher monsieur Dauphin, je suis un peu poète, comme tout le monde, à mes heures!