Dans la grande paix du soir doré et pourpre la mer, calme, se berçait elle-même, d'un balancement doux, à sa propre chanson, d'une voix basse comme un soupir.

L'Ibis se mettait en mouvement. Une brise toute faible, comme fatiguée, vint du rivage, et il leur sembla que la terre, avec tous ses parfums, se mettait à les suivre.

La nuit s'avançait aussi, de l'est, comme à leur poursuite, une nuit pâle, pâle comme un visage d'amante,—mystérieuse comme le fond des printemps et des rêves.

A côté du croissant fin, dans le ciel, une seule étoile brillait, perdue et fidèle.

Pierre entendit, derrière eux, qu'on marchait timidement... il la quitta...

Elise ne bougea point. Elle voulait ne rien perdre du spectacle, et surtout ne plus retourner avec lui, à l'intérieur.

C'était le capitaine... il était tout confus d'avoir à déranger son jeune patron, jusque dans ce recoin réservé où l'on était presque invisible à l'abri du rouf.

—On ne m'a pas donné la route. Où va-t-on? demanda-t-il.

—A Saint-Raphaël, après une pointe au large, répondit Pierre à voix basse.

Il revint s'accouder près d'elle, devant la beauté de la vie et du monde, devant la mer et la nuit où, obstinément, le parfum des orangers s'exhalait suave, perfide comme un charme...