Il s'amusait de son rêve, il souriait tout le temps, il se frottait les mains parfois. «Ce retard ne gâte rien, au contraire!» Elle criera: «C'est toi! Comment! c'est toi?» Et alors, assis sur son lit, je lui conterai notre avenir nouveau, comme un conte fait à un enfant. Elle voudra se lever: «Ouvre la fenêtre!...» Et toujours il en revenait à cette fenêtre, à ce balcon... C'est là, c'est devant la nuit pleine d'étoiles, qu'il voulait lui chuchoter les paroles tendres... les mots qui leur rappelleraient la jeunesse, la leur feraient revivre tout entière.—«Pourquoi parles-tu si bas? demanderait-elle.»—«Pour ne pas réveiller ton Georges... il sera bien heureux, demain matin, de me revoir tout à coup!... Allons, rentrons, ma chérie...» Et c'était une nuit de noces.

XXII

Il laissa à la gare tout son menu bagage et, léger, courut vers la plage.

Saint-Raphaël, à cette heure-là, dormait. Une seule maison, près du port, le Cercle, était éclairée.

Aucun passant.

Un mistral incertain, depuis une heure, s'était levé. La mer se lamentait sous des rafales intermittentes. La plainte du vent, sous ce ciel de juin, fourmillant d'étoiles, ne parvenait pas à être triste. Marcant se hâtait vers sa maison. Un quart de lieue, ce n'est rien.

Il mesurait son chemin aux villas, aux hôtels qui bordent la route, aux bateaux reconnus, tirés au sec sur les galets, devant les portes des jardins.

Tout à coup, Marcant s'arrêta.

Une plainte humaine avait couru dans l'air, entre deux rafales, si poignante que le bruit du vent tout à coup parut sinistre au pauvre homme.

«Est-ce qu'on égorge quelqu'un, par ici?...» Il écouta un instant. La plainte de nouveau se fit entendre, lamentable infiniment, toute faible comme si celui qui la poussait était un mourant; et affaiblie encore parce qu'elle était emportée vite sur la mer, par le mistral, qui se relevait en sursaut après un temps d'accalmie.