—Et puis alors?... dit Marcant... Mais il se reprit: Allons, n'y pense plus... n'y pensons plus puisque je suis là... Veux-tu une orange?

Marcant, en cherchant son mouchoir pour essuyer ses yeux, retrouvait dans sa poche une orange qu'il y avait mise tout à l'heure au buffet, pour son Georges.

—-Oh! papa, je n'ai pas envie!...

Et de lui-même, heureux de conter sa peine, l'enfant reprit:

—Et puis alors, je ne sais pas combien de temps j'ai dormi. Et puis, je me suis réveillé, parce que j'avais l'idée de maman dans la tête, et des mauvais rêves à cause d'elle... Et j'ai vu tout noir! J'ai appelé maman: elle n'a pas répondu. J'ai appelé ma bonne, dans l'escalier: elle n'a pas répondu. J'ai cherché les allumettes sur la cheminée. On m'a bien toujours dit de ne pas y toucher, aux allumettes, mais quand il le faut, n'est-ce pas? J'avais si peur, dans tout ce noir! Et quand je criais, il me semblait que c'était d'autres qui criaient contre moi! mais je n'ai pas trouvé les allumettes. Alors j'ai pleuré. Et puis je suis allé vers le lit de maman. On y voyait un peu dans sa chambre, par les vitres, à cause de la lune. Alors, j'ai mis mon pantalon tout de travers, et ma veste, bien vite, parce que j'avais peur, mais il fallait bien les mettre pour monter ici, dehors! Et alors je suis venu par l'escalier sur la terrasse. J'ai eu moins peur ici que dans la maison, parce qu'on y voit. Et je comprenais qu'on ne pouvait pas monter jusqu'ici, de la route, pour me faire du mal... Et alors j'ai crié, crié! j'ai tant crié que je n'en peux plus... Le vent est fort, et puis il y a la mer. Tu comprends, je voulais crier plus fort qu'eux... Et je pensais: Oh! si papa m'entendait! Alors, voilà. Tu es venu. Je voulais sauter vers toi, en te voyant... Oh! tu m'aurais bien attrapé dans tes bras, va, tu es fort... Je voudrais tant t'embrasser tout de suite!

Marcant sanglotait en silence, la face dans son mouchoir tout plein déjà de l'eau de ses yeux.

Il fit un nouvel effort sur lui-même.

—Ecoute, mon Georges!

—Oui, papa.

Le vent et la mer s'apaisaient. Marcant entendait la respiration oppressée de son petit, cette impossibilité de reprendre le souffle normal si pénible à l'enfant qui pleure et à qui l'écoute en l'aimant.