Elle regarda, par le hublot, furtivement, comme si elle eût craint d'être vue du dehors;—et elle aperçut sa villa...

—Oh! mon Dieu! soupira-t-elle.

Mais elle se roidit et, par un effort brusque de toute sa volonté, elle se mit à réfléchir, la tête dans ses mains, à ce qu'elle allait faire maintenant, tout de suite, quand on serait dans le port! Hélas! elle n'imaginait rien qui lui parût raisonnable.

Au bout d'un instant, Pierre revint portant lui-même du thé bouillant. Il avait revêtu un costume ordinaire. Elle en éprouva un sentiment secret et profond de reconnaissance. Elle se sentit beaucoup plus disposée à l'écouter, à le croire; elle sentit qu'il l'accompagnait vraiment jusqu'au fond de sa misère. Elle lui fut indulgente, amie, à ce moment. Et pour l'arracher à sa résolution de mourir, il fit plus à ce moment, avec cet acte de respect, qu'avec les plus éloquentes paroles, même les plus sincères.

—Buvez, dit-il.

Il sentait que la sensation de boire suffirait à changer quelque chose en elle,—achèverait de la ramener au sentiment de la vie banale. C'est ce qu'il fallait.

Elle but une gorgée.

—Je vais bien, dit-elle. Je n'ai même pas eu froid, rassurez-vous.

Il la remercia d'un regard,—et s'agenouillant de nouveau à ses pieds, prenant une de ses mains qu'il posa tour à tour sur ses lèvres, puis sur son front, il lui parla, sans vouloir la regarder, dans l'attitude du respect, prosterné. Il lui dit d'abord son amour épuré; et alors, il osa lui parler d'avenir, de mariage possible. Elle aurait son fils avec elle, au moins de temps en temps... ou bien (et il s'exaltait) tous deux fuiraient ensemble sur ce bateau... partout où elle voudrait... Ils se feraient une vie nouvelle, toute d'amour, de tendresse, dans la liberté des horizons infinis... Tout changerait sans cesse, autour d'eux qui ne changeraient jamais. Et comme il sentait d'où venait en elle la résistance:

—Nous l'enlèverons, si vous l'ordonnez!