—Il vient de la ferme Antoinette.
—Attends-moi là, Georges.
—Oui, papa.
Marcant passa dans la pièce à côté, dans la salle de billard où un homme l'attendait. C'était Cauvin.
Il se trouvait qu'on était au dimanche, et le paysan avait pu s'habiller et venir «en ville» sans attirer l'attention de personne.
—Que voulez-vous? dit Marcant avec brusquerie. Les effets de misé Saulnier? Je serai chez moi demain matin.
Cauvin secoua la tête. Il était grave. Il avait son chapeau sur la tête et il songea à l'ôter, ce qui indiquait un sentiment d'humilité étrange chez un paysan du Var.
—Je viens pour une autre affaire, dit-il. Je sais que vous êtes un très brave homme, monsieur Marcant, et qui comprenez les choses. Alors je viens vous donner les explications qu'il faut. Et c'est, pas moins, une chose difficile!...
Il se gratta la tête derrière l'oreille. Ce grand gaillard, bien découplé, cet homme mûr était singulièrement intimidé. On voyait qu'il faisait une démarche d'importance. Il était rasé de frais. Il sentait le linge à peine sorti de l'armoire pleine de bouquets de lavande, et le savon commun des barbiers de village.
—Qu'y a-t-il enfin? dit Marcant.