—Personne ne vous a rien dit? interrogea Cauvin.
—A quel sujet?
Cauvin esquiva la question.
—Je sais pourtant que l'on cause pas mal de nous, même un peu trop, répliqua-t-il. Voici donc l'affaire.
Il tourna son chapeau entre ses deux mains, puis le posa sur le bord du billard, appuya son poing dessus, et dit, tout d'un trait:
—Si vous ne voulez pas faire arriver un grand malheur, mon brave monsieur Marcant, si c'est un effet de votre bonté,—vous ne raconterez à personne que misé Saulnier—pardonnez-lui!—n'a pas couché cette nuit à votre villa... Si cela vient à être connu, son mari—comprenez bien—l'apprendra, pour sûr... Il y a des gens—j'en ai des preuves—qui cherchent à nous mettre mal ensemble,—à me faire quitter la ferme... Et si Saulnier apprend la chose, il se pourrait faire qu'il devine tout le reste. C'est un homme, celui-là, dont on ne sait pas les pensées, et ses regards ne sont pas toujours très bons. Je vous parle comme il est nécessaire, pour empêcher qu'il arrive peut-être de grands malheurs. Le plus grand serait, je pense, le chagrin que nous ferions à la petite Toinette... Vous lui voulez du bien, n'est-ce pas, à la petite? Son idée de mariage avec le brave François, que vous connaissez, vous a paru bonne, à vous aussi? Tout le bonheur de la petite est là. Et si Saulnier vient à se fâcher, si le monde vient à connaître l'aventure, son mariage resterait en plan. La mère et la grand'mère Tarin, qui ne badinent pas, ne voudraient plus d'elle, la pauvre mesquine! Et ça, rien que d'y penser, ça fend le cœur!... Il y a encore autre chose qui marcherait en suite de ça. C'est que je devrais, moi, quitter la ferme et peut-être bien le pays. Et ça, par exemple, oh! non, je ne pourrais pas!
Il crispait ses gros poings.
—Voilà ce que je vous devais comme explication après y avoir beaucoup réfléchi. J'ai été forcé de parler, malgré que ce soit difficile, car autrement, pour sûr, vous, monsieur, ne sachant rien et ne pouvant pas deviner, vous auriez naturellement pu parler «de trop»! simplement en disant à Saulnier pourquoi vous avez renvoyé sa femme, tout juste ce qu'il ne faut pas qu'il sache!
—Elle n'était donc pas à la ferme, cette nuit? interrogea avec naïveté le pauvre Marcant.