Cauvin le regarda profondément:
—Non, monsieur, dit-il en secouant la tête, non, elle n'était pas à la ferme.
Cela fut prononcé d'un tel accent que Marcant comprit.
Tout le passé de ces gens s'éclaira à ses yeux. Il se rappelait maintenant plus d'un détail qui aurait dû l'éclairer plus tôt.
Il comprit, et il eut un mouvement violent de colère et de dégoût.
C'était donc partout la même chose! fourberie, trahison, saleté partout, sous le nom d'amour! L'adultère était donc installé chez ces paysans comme ailleurs! C'est l'adultère qui avait poussé cette servante, cette femme de quarante ans, hors de chez lui, en même temps que la dame! et c'est pour l'adultère que le pauvre petit avait été deux fois abandonné, laissé tout seul en pleine nuit!...
Ses épais sourcils se froncèrent.
—Qu'ai-je à voir là dedans? dit-il en détournant les yeux. Cela ne me regarde pas. Je n'ai ni à vous trahir, ni à vous aider. Débrouillez-vous!
Cauvin, à son tour, fronça les sourcils. Une pensée mauvaise le traversa. Il eut une sourde envie de dire: «Nous ne nous tairons de notre côté que si vous vous taisez!» Il sentit qu'avec cet homme-là pareille menace n'arrangerait rien, au contraire! Il eut un sourire d'ironie triste qui plissa le coin de ses yeux, aux tempes, et il dit, résigné, humble:
—Je vois, vous n'avez pas tout compris... non, pas encore tout... Il y a, dans cette affaire, une chose plus terrible que toutes les autres... et que, par-dessus toutes les autres, pour le repos de la fillette innocente, il faut tenir cachée,—surtout de Saulnier!... Je ne pense qu'à cette enfant-là, comme de juste, la pauvre! Elle n'en est pas responsable... Je dois tenir à elle comme à mon enfant,—comprenez-moi,—et je calcule que je ne peux pas mieux m'expliquer!...