Il s'arrêta, respira profondément, comme un homme qui, en train de se noyer, fait, dans une seconde, provision d'air à la surface de l'eau.
Il reprit, tout embrouillé dans ses efforts:
—Je ferai tout pour elle, aujourd'hui comme toujours. C'est pour elle que toute ma vie j'ai travaillé. Pour elle, je dois tout faire. Je lui donne tout parce que c'est mon devoir.
Il répéta:
—C'est mon devoir!
Et il poursuivit:
—C'est pour elle que je suis venu. Je lui dois de la protéger jusqu'à la fin. Il ne faut pas,—c'est entendu,—que son mariage soit manqué! Mais il y a encore cette chose-ci, que je ne veux pas, moi, la perdre! Je ne veux pas quitter la ferme—ni le pays. Toute l'affaire, même, est là. On excite, je vous dis, Saulnier contre moi, depuis quelque temps! des gens qui voudraient s'associer avec lui à ma place, maintenant que le bien est relevé par mon travail... vingt ans de travail!... Et si on sait quelque chose de l'affaire de cette nuit, on nous dénoncera, et il se pourrait faire qu'il vienne lui-même vous demander ce qu'il y a eu. Dites-lui n'importe quoi, nous vous en prions, mon brave monsieur... Dites-lui que vous allez quitter le pays ou que Marion ne faisait pas assez convenablement les choses pour vous,—mais pas la vérité, nous demandons ça en grâce, car nous serions tous perdus,—vous voyez bien!—et moi le premier!
Comme Marcant continuait à se taire, l'homme pensa qu'il ne consentirait pas. Une fureur de fond le secoua. De nouveau, ses poings se crispèrent; il tortura et jeta à terre son chapeau neuf, et, entre ses dents: «Quitter le pays? où irais-je? Non, il est trop tard, ce serait ma mort!»
Et, l'air terrible, comme ceux qui sont prêts au crime:
—Je ferais un malheur plutôt!