Le Lavandou, sur sa plage de sable, et la paisible Bormes, cette rose des Maures, épanouie là-haut parmi les myrtes et les pins de la montagne, apparurent et disparurent. Les Iles d'Or passèrent à leur tour. Elle fuyait de temps en temps ce spectacle, rentrait dans la chambre, prenait un livre aussitôt rejeté, baisait mille fois le portrait de son enfant, écrivait sa peine, ses remords, ses supplications à Marcant, brûlait ses lettres, une, puis trois, puis quatre,—et remontait encore sur le pont, rêvant de mourir sur l'eau profonde et maudissant ce pays de lumière, de joie, d'amour, qui lui avait inspiré la faute, et qui, maintenant, assistait à sa peine sans y prendre aucune part.
Elle eut encore plusieurs crises de larmes qui l'apaisèrent beaucoup. Epuisée de lassitude, elle s'étendit de nouveau sur le lit, eut le bonheur de s'assoupir encore un peu.
Vers cinq heures et demie l'Ibis mouillait en face du château de M. Dauphin, au fond de la petite baie de la Garonne, dans l'est de la rade de Toulon.
Le capitaine vint annoncer à Elise qu'une embarcation amenait à bord madame Dauphin.
XIII
Pierre, depuis une heure, s'était confessé à sa mère. Son père était à Marseille et cette absence simplifiait tout...
Quand il était arrivé chez sa mère, il avait craint de l'impressionner et s'était composé un visage.
Il ne voulait pas qu'elle devinât du premier coup un malheur, qu'elle pût se l'exagérer par avance, il voulait la préparer, lui conter posément l'histoire, parler avec ménagements, entrer dans tous les détails pour lui faire prévoir doucement la catastrophe, et enfin, de son mieux, excuser Elise... Mais quand il se présenta souriant d'un air dégagé dans la chambre de sa mère, la vieille dame posa ses lunettes sur son ouvrage, et se levant brusquement:
—Il t'arrive un grand malheur! dit-elle. Qu'est-ce que c'est?
Elle tremblait sans cesse pour lui. Elle le savait aventureux. Elle redoutait à toute heure l'épée d'un rival, la balle d'un mari. Elle ne pouvait l'empêcher, ce grand fils, de vivre à sa guise, et elle se consumait à l'attendre, à le conseiller quand il revenait à elle, sans trop oser lui faire honte de sa vie oisive. Elle priait pour lui avec des ferveurs passionnées. Elle bénissait parfois l'incident, fût-il douloureux, qui le lui ramenait, repentant, pour quelques semaines... Alors elle le pansait d'une main douce infiniment, lui faisait sentir toutes les indulgences de la tendresse des mères... et, en fin de compte, le rendait ainsi, sans le savoir, plus tendre, et par là plus faible, plus prêt aux défaillances,—plus affamé d'un amour chimérique où il aurait trouvé, avec les joies du caprice et de la passion, la sécurité qui nous berce sur les genoux maternels!