C'était là peut-être l'explication de ce caractère inconsistant, de cette âme de Don Juan faible, enfant gâté dont les scepticismes étaient souvent brutaux, cruels, implacables, toujours dangereux, parce que, sans s'en douter, il demandait follement à l'amour égoïste de toutes ses maîtresses d'être un peu semblable à la tendresse dévouée des mères!
A ce mot, «il t'arrive un grand malheur», il fut émerveillé, écrasé d'amour! Il sentit fondre tout son cœur.
Et d'un jet, il dit tout à la mère:
—Oui, oui, un grand malheur, ma mère! J'aimais une femme... Le mari sait tout. C'est une noble, noble créature, entendez-vous? Dans le premier mouvement de désespoir elle a tenté de se tuer... Elle veut ravoir son enfant... Elle est folle, éperdue... Moi, je suis responsable... Il faut empêcher des malheurs plus grands... Si elle vient à mourir, songez donc! Je deviendrai fou... Il faut m'épargner un remords terrible... Il faut la sauver... Vous seule le pouvez, ma mère. Il faut la voir, lui parler, par grâce!
La mère hésita, protesta d'abord. Il était si exalté! Elle voulait savoir... S'il s'était trompé? S'il avait affaire à une aventurière?...
Alors, il fut éloquent, il parla d'Elise, la peignit comme elle était, tendre, simple, bonne...
—Si tu savais, maman, les respects qu'elle a pour toi!... Comme elle m'a envoyé vers toi au lieu de me retenir près d'elle, quand je te croyais malade!
—Mais enfin, celle que tu veux que j'aille voir, mon pauvre enfant, c'est ta maîtresse!...
—Mais je vous ai dit, ma mère, que si son mari lui impose le divorce, j'ai, si cela se peut, le devoir, sachant ce qu'elle est, de l'épouser. C'est cette idée seule qui la réconciliera avec elle-même, qui la rattachera à la vie. Mais il faut, elle me l'a dit, que ce soit vous qui lui parliez...
—Je ferai ce que tu voudras, mon pauvre enfant!... mon pauvre enfant!