Mais il ne lui venait pas à l'esprit de rappeler la mère. «Elle l'a quitté! elle l'a tué! Qu'y puis-je? A quel devoir ai-je manqué? Que me reproche ma conscience? Rien!» Et pourtant il n'était pas content de lui-même. Est-ce qu'il n'aurait pas dû écouter Elise, ne la condamner qu'après l'avoir entendue? N'aurait-il pas dû peser les circonstances de sa faute, voir s'il n'y en avait pas d'atténuantes? Est-ce qu'il y aurait parfois un devoir pénible affreusement, mais un devoir dans le pardon, dans l'oubli des fautes, dans ce qu'il avait appelé jusqu'ici le mépris de sa propre dignité?» A cette question, il ricanait. «Où est-elle d'ailleurs? Qu'est-elle devenue? Comment se fait-il qu'elle ne donne plus signe de vie, pour son enfant, depuis un long mois! Est-ce qu'elle serait morte?»

—Papa, elle ne reviendra donc jamais, maman? Est-ce qu'elle serait morte?

Il eut envie d'en finir d'un coup, de répondre: «Oui!»

Il ne crut pas en avoir le droit.

—Non, dit-il. Je ne sais plus.

Et il pleura. Georges vint se nicher sur ses genoux, dans ses bras, et sans rien dire, lui caressa le visage, les yeux, avec sa main, comme il faisait à sa mère.

—Ah! cruel enfant adoré!

C'était tous les jours des scènes pareilles.

Georges finit par vouloir que son Ibis Bleu couchât pas trop loin de lui, à portée de sa main, sur la petite table où était sa veilleuse.