—A quoi bon? fit-il. Vous ne le connaissez même pas.

—La justice elle-même, répondit-elle, pourrait devenir abominable, à force d'être aveugle aux mérites des coupables, et sourde à toutes leurs explications.

Il se leva.

—Madame, dit-il, j'apprécie, comme il se doit, une démarche dictée, j'en suis certain, par la pitié pure.

Madame Dauphin demeura assise:

—Ecoutez, monsieur, je vous sais bon et là-dessus vous ne me tromperez pas. Je vous sais noble de cœur, croyant à toutes les droitures. Eh bien, écoutez les paroles d'une mère: Je vous jure que si elle y consentait, que si vous le permettiez, je n'hésiterais pas à la prendre pour fille!

Marcant éprouva une commotion horrible dans son cœur. En même temps, il lui sembla qu'il était souffleté. Qu'est-ce que cela voulait dire? Quelles paroles singulières venait de prononcer la propre mère de l'homme qui?...

«Voyons, voyons, je veux voir clair!»

Il se rassit et regarda en lui, d'un grand effort. Ses traits, bouleversés, peu à peu reprirent une expression de calme... Il regarda la personne qui était devant lui et ne vit dans ses yeux que bienveillance et pitié... Il comprit qu'on n'était pas venu pour le braver chez lui, mais seulement pour défendre Elise à outrance!

—Je suis bien malheureux, madame. Vous le sentez, n'est-ce pas? Plus malheureux, ce n'est pas possible. Ecoutez-moi à votre tour. Vous avez fait ce que vous avez pu, par pitié, par charité. C'est un sentiment divin qui vous guide. Eh bien, je n'y peux pas répondre. Je ne suis qu'un homme, un homme outragé, un homme irrité. C'est vous qui avez raison, mon esprit le sait, mais mon sang ne peut pas vous obéir. Je suis prêt à admirer de la part d'un autre le sacrifice que vous croyez pouvoir me demander; mais, moi, je ne peux pas le faire... Je ne peux pas... C'est mon dernier mot.