—Rien, dit Marcant. J'ai fait venir de Paris ma vieille servante.

—Bon, bon. C'est bon. On n'est pas fâché pour ça, alors?

—Non, dit Marcant avec répugnance.

Chacune des paroles de Saulnier semblait pleine d'intentions, avait l'air de dire plus qu'elle ne disait. Etait-ce qu'il savait, ou bien voulait-il apprendre? Tendait-il une amorce, ou voulait-il donner une marque de sa perspicacité?

Son petit œil regardait Marcant avec une expression tout à fait bizarre. Ses pattes d'oie riaient aux tempes, exprimant cette ironie d'habitude, si agaçante, qu'on ne peut pas accuser d'être intelligente et qui, pourtant, a l'air suraiguë!

—Allons, allons, cela va bien, cela va bien, répétait-il dans sa barbe terreuse qu'il caressait de ses doigts humides de sa pêche, tout pleins d'une odeur de vase.

Et, de nouveau, il regardait Marcant d'un air drôle.

On eût dit qu'un esprit mauvais, mais passif, était pris sous cette forme humaine répugnante et lourde, et qu'impuissant à mal faire, embusqué sous ces sourcils en broussaille, il se contentait d'être le témoin joyeux des douleurs qui naissent des fautes.

Il provoquait peut-être et utilisait pour lui, en restant passif, bien des choses mauvaises, l'esprit de malice enfermé dans cette brute. Et ses seules raisons d'être passif et de se cacher dans une brute étaient peut-être paresse, poltronnerie et certitude de profiter sans peine et sans risque des vices d'autrui. Un démon inférieur, dangereux, semblait s'agiter dans le regard de cet homme sale, y apparaître et s'y masquer vivement, dans la même seconde.

Cet homme effrayait, inspirait un malaise, et rassurait tout de suite par son air de grande bêtise. Il le savait et en jouait parfois. Race de sorciers.