Le couvercle tomba avec un bruit terrible. Ils se mirent à rire grossement. Elle ramassa le couvercle qu'elle alla remettre sur le pot.
Puis elle prit dans l'armoire des assiettes qu'elle posa sur la table, et ensuite le pain, les verres, les bouteilles.
—Ecoute un peu, fit alors François. J'ai, pas moins, quelque chose à te dire.
—Eh quoi? dit-elle tranquille.
—Voilà. C'est de la part de ma mère et, comme elle me l'a dit, je te le répéterai. C'est «sur la question» de notre mariage.
Elle fut attentive, et fronçant le sourcil:
—Est-ce qu'elle ne voudrait plus, la mère?
—Ce n'est pas ça, Toinette, ce n'est pas ça du tout, et c'est un peu ça. Et ce serait bien dommage que le refus de consentir qui, au commencement, devait nous venir du côté de ton père, arrive maintenant du côté de ma mère. Je vais te dire comme elle m'a dit. Vous avez ce Cauvin qui, de tout temps, a toujours été ici, du matin au soir, prenant avec vous tous ses repas, commandant tout à la ferme, et plus maître que Saulnier qui est ton père. Eh bien, dans tout le pays, m'a dit ma mère, cela, vois-tu, vous fait mépriser!... Depuis longtemps on n'en parlait plus, il paraît, mais souvent les enfants sont cause, surtout au moment des mariages, qu'on revient sur les choses d'avant, et maintenant on en reparle dans tout Fréjus et ailleurs, entends-tu!—et il faut nécessairement que Cauvin s'en aille d'ici, si toi tu veux entrer, Toinette, dans la maison de ma mère. Voilà ce qu'a songé ma mère, qui est une femme de bon conseil. Et ma grand'mère a songé de même. Et ce qu'elles ont décidé, moi aussi, je le trouve bon. Les choses sont comme elles ne devraient pas être. Et si Cauvin s'en va d'ici, ma mère, alors, sur la question de notre mariage, dira oui; mais s'il reste, elle dira non. C'est décidé et à cela, je ne peux rien changer, entends-tu, parce qu'il faut, je le reconnais, que ça soit comme ça... C'est trop juste.
Il la regardait. Elle avait fiché les regards en terre... et elle songeait.
—Ça va bien, dit-elle enfin; ça ira comme ça et tu as raison!... j'y avais pensé quelquefois. J'avais compris quelquefois des mots qui se murmuraient parmi les travailleurs, aux vendanges ou à la moisson. Et c'est ce qui fait que je ne l'aime pas plus qu'il ne faut, ce Cauvin, depuis longtemps. Et je le comprends bien, va, que ta mère a raison!