Il y eut encore un silence. Elle allait, venait, prenait du gros sel dans le petit coffre oblong suspendu au mur, et le mettait dans sa soupe, qu'elle remuait de sa cuiller de bois.
—Tiens! dit-il, j'ai pris dans la colline ce «brou» de lavande pour toi. Sens comme ça sent bon!
Il le lui lança au visage, comme elle passait pas trop loin de lui. Elle saisit la branchette contre sa poitrine au moment où elle retombait et, après l'avoir respirée, la fixa soigneusement dans la cordelette de son tablier.
—Ça sent bon, dit-elle.
Il y eut encore un long silence. Elle était debout, surveillant sa soupe, le couvercle de sa marmite dans une main. Elle se sentait regardée et le cœur lui battait un peu. L'odeur de son brin de lavande lui disait l'amour. Lui, il la trouvait jolie et se sentait troublé. Emu déjà de sa fatigue dans le bois, il palpitait de vie ardente et jeune. Il désirait. Séparés comme ils étaient là, ils se sentaient reliés par un courant de quelque chose de doux, de bon, qui allait de l'un à l'autre, à travers la chambre.
Ils étaient heureux comme ça.
—Tu m'aimes? dit-il enfin.
Elle tourna les yeux vers lui, son couvercle de fer-blanc toujours à la main. Leurs regards s'échangèrent, lourds, tout chargés du plus fort d'eux-mêmes.
—Alors, approche-toi que je t'embrasse!
Elle alla lentement à la fenêtre. Il lui prit la tête à deux mains et la baisa sur la bouche à pleines lèvres.