Cauvin jouissait de retrouver la ferme chaque soir.
C'était, pour ce travailleur rude, le bon moment de la journée.
Il regardait cette maison—où il apportait l'aisance, où deux femmes soignaient son feu et sa nourriture—comme sa propre maison. Il l'aimait. Si forte était son habitude de se considérer là comme chez lui, que l'idée de quitter un jour la place lui semblait une monstruosité. Qu'il pût y être forcé un jour, cela lui semblait, après tout, impossible. Ç'eût été, dans son idée, l'injustice même! Et il arrangeait en esprit tout son avenir. Quand la fillette serait mariée, eh bien, il ne serait pas loin d'elle, ici; et il profiterait des visites qu'elle ferait à sa mère. Le foyer lui resterait. Il continuerait à se réjouir, le soir, lorsqu'au retour de son travail, il verrait devant lui, du fond de la plaine humide, en hiver, au lieu de sa cabane vide, glacée et noire, un flot de lumière luire par la fenêtre de la ferme; et, l'été, en regardant, du plus loin, monter, au-dessus du toit, la fumée qui dit: la soupe est prête. Et sans remords, bien accommodé à sa position fausse, Cauvin se réjouissait. La présence de Marcant, ce soir, achevait de le mettre en sécurité.
Marcant faisait donc plus et mieux qu'on ne lui avait demandé! Cauvin souriait, et, en maître, il dit, comme il achevait la première bouchée:
—Voulez-vous faire comme nous, monsieur Marcant?
Banale phrase d'hospitalité que le paysan ne manque jamais de réciter à quiconque le voit prendre son repas, et qui lui permet de ne pas le retarder. Cette invitation, qui est de rigueur, sous cette forme, chez les paysans attablés, Saulnier ne l'avait pas faite.
Cauvin ajouta:
—C'est de bon cœur.
—Merci, dit Marcant, nous allons vous dire adieu.
Il se prenait à songer aux dessous de cet intérieur.