Il prononçait ces mots d'un ton si singulièrement doux de la part d'un paysan, que Marcant, touché tout à coup, s'arrêta pour le regarder encore.
S'il avait bien compris, cette Toinette était sa fille, à ce Cauvin. C'est pour elle surtout—maintenant que sa passion pour la femme devait être apaisée, usée par le temps—c'était pour ne pas abandonner sa fille qu'il acceptait maintenant sa vie de ruse, de mensonge, de honte! Il se rappelait que ce Cauvin ne gardait rien pour lui de ses salaires, donnait tout à la fillette; il se rappelait les confidences, là-dessus, de misé Saulnier, le jour de leur première visite avec Elise. Quel singulier mélange de bons sentiments et d'habitudes coupables! Dans tout ce fumier de ferme, il y avait cette perle: le pur attachement, l'amour de ce traître,—dévoué à la fillette innocente!
—Vous ne partirez pas sans goûter de notre lait, monsieur Georges? dit misé Saulnier, obséquieuse.
Elle avait servi un bol, sur une petite table qui se trouvait près de Georges.
—Non, nous partons, insista Marcant.
—Je veux bien le lait, papa.
—Alors, dépêche-toi... Dépêche-toi, il se fait tard!
Georges trouva le lait bon. Il le buvait à petites gorgées—puis il reparlait de son écureuil.
—Vous l'aurez, vous l'aurez, pour sûr, dès demain.