Marcant suivait des yeux, avec attendrissement, cette échine un peu courbée sous le fardeau... Cela lui rappelait le père Marcant, qui avait longtemps couru ainsi les chemins, sa balle au dos, pleine de livres... et lui, Denis, qui en avait lu tant et tant, de ces livres; lui, qui était devenu un beau monsieur, fier de sa science, pourquoi ne se sentait-il pas de taille à faire, aussi simplement que ce pauvre homme pour sa fille, le sacrifice de sa passion à ce petit enfant qu'il tenait par la main, et qu'il ne lui faudrait pas perdre pour cela?...

«Mais cet homme expie quelque chose, se disait-il, immobile. Moi, je n'ai rien à expier!... Je ne dois pas comparer nos deux destinées.» Une voix lui disait: «N'importe! tu ne sais pas aimer comme celui-ci! Et puisqu'il est un coupable, lui—bien faire doit lui être plus difficile qu'à toi!»

Et à mesure que l'homme s'éloignait, il prenait, aux yeux de Marcant, une taille démesurée... Il allait—son fardeau sur l'échine, sa lourde peine au cœur—seul, à l'inconnu... s'enfonçant peu à peu dans l'ombre croissante où, tout d'un coup, il se perdit...

—On ne le voit plus, l'homme! dit Georges.

Il ajouta aussitôt:

—Je suis fatigué...

XXVII

Marcant se baissa, le prit dans ses bras, et fit, ainsi chargé, les cinq cents mètres qui le séparaient de la ville.

Tout en marchant il riait au petit, lui disait des choses drôles, l'agaçait gentiment, chatouillait son petit nez, ses lèvres, du fin bout de sa barbe. Et l'enfant se mit à rire aux éclats.

—Il y a longtemps, dis, petit père, que tu n'as pas ri comme ça avec ton Georges! cria-t-il tout à coup, au milieu des rires.—Tiens! ajouta-t-il, où allons-nous donc?...