Elle, là-haut, debout sur le palier, appuyée au chambranle de sa porte, entendait, espérait... Elle attendait la permission!

L'enfant montait vers elle, quatre à quatre, avec un bruit du diable, secouant la rampe de ses bonds, glissant, trébuchant à chaque enjambée, et se rattrapant aux barreaux, montant comme on dégringole, fou de joie.

—Maman! maman!

Elle se laissa tomber à genoux, défaillante, pâle comme les morts, et elle l'embrassait, le tournait, le regardait, l'embrassait encore, lui tirait sa blouse d'un mouvement machinal de mère soigneuse, arrangeait ses cheveux, le baisait, l'écartait d'elle pour le revoir, le repoussait pour le reprendre, éperdue, emportée dans un tourbillon de sensations anciennes, retrouvées et toutes neuves, qu'elle avait cru ne plus jamais éprouver! «Ah! elle en mourrait, pour sûr!...»

—Mon Georges! Georges! mon petit! mon petit enfant chéri! mon amour! mon Georges! mon petit Georges! enfin!

Elle se mourait de l'aimer, et se ranimait sur place pour l'aimer toujours davantage; et lui la regardait, puis sautait entre ses deux bras qui le lâchaient un peu par force, posait cent mille questions à la fois, chantait des tra-la-la enfantins, regardait parfois les vitres, la mer et le ciel au travers, trouvait tout beau, tout nouveau, tout joyeux... même cette mouche qui «tapait» contre la vitre:

—Regarde-la, maman!

Il mêlait tout à sa joie, jusqu'à l'oubli du grand motif qui le rendait si content.

—Tu ne sais pas? j'ai un écureuil! veux-tu le voir tout de suite?... Non?... tout à l'heure alors... Tu m'achèteras une cage, dis? une ronde, qui tourne, tu sais?... Pourquoi es-tu restée si longtemps? et puis, surtout, partie sans nous rien dire?... Je ne pouvais plus dormir ni manger sans toi... je me cachais de papa, des fois, pour pleurer, parce que, lui aussi, je voyais bien qu'il était trop triste!... Une autre fois, il faut avertir... Quand on est averti, n'est-ce pas, c'est bien différent!...

XXXII